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Pétrole à 100 $, Fed muette, PCE qui remonte

24 mars 2026 par
Pétrole à 100 $, Fed muette, PCE qui remonte
Maxence
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Les marchés sont sonnés, et si c'était le début de la stagflation ?


Résumé en 30 secondes

Un baril de Brent qui a tutoyé 119 $ le 9 mars. Un FOMC du 18 mars qui maintient ses taux mais révise ses projections d'inflation à la hausse. Un PCE core à 3,1 % en janvier — bien au-dessus de la cible des 2 %. Un NFP de février qui détruit 92 000 emplois. Et le S&P 500 qui accumule quatre semaines consécutives de baisse, évoluant à environ -7 % sous ses records historiques de janvier (7 002 pts).Résultat : les marchés naviguent à vue. Le scénario « soft landing + baisses de taux » est désormais remis en cause. Le mot interdit fait son retour dans les salles de marché : STAGFLATION. Personne ne sait vraiment si l'on est face à un choc temporaire ou au début d'un cycle plus douloureux. Et cette incertitude, précisément, est ce qui fait le plus mal aux marchés.

1) Pourquoi ce moment est différent des précédents

Depuis début 2026, le marché avait un scénario de base relativement stable : inflation en désinflation progressive, Fed en mode baisses de taux lentes, économie qui « tient ». Ce scénario a volé en éclats fin février, quand des frappes israélo-américaines sur l'Iran ont déclenché une cascade d'événements que personne n'avait dans ses modèles. Le marché se retrouve face à trois questions simultanées — et sans réponse claire à aucune des trois :


  • Inflation : Le choc pétrolier va-t-il se transmettre durablement aux prix à la consommation ?

  • Emploi / activité : Le marché du travail est-il en train de se retourner structurellement ?

  • Banque centrale : La Fed peut-elle baisser les taux si l'inflation repart ? Peut-elle les maintenir si l'emploi s'effondre ?


Le twist de mars 2026 : ces trois questions pointent dans des directions opposées. Ce n'est plus « bonnes nouvelles = bonne réaction ». C'est un régime où chaque chiffre crée plus de confusion que de clarté. Comme le résume Ryan Detrick, stratégiste chez Carson Group, sur X : « A month ago, no one would have believed this. »

⚠️  Le marché ne price plus des données — il price l'incertitude sur la nature même du cycle économique. Et l'incertitude est l'ennemi numéro un de la valorisation des actifs.



2) Timeline ultra claire : du choc pétrolier au FOMC

Du record historique à la tempête parfaite — les faits, les chiffres, les réactions du S&P 500 :


Date

Événement

Chiffre clé

Lecture

S&P 500

28 janv.

ATH S&P 500

7 002 pts

Euphorie IA + soft landing

Record absolu

28 févr.

Frappes Iran

Brent 61→82 $

Choc géopolitique brutal

Ouverture en gap baissier

2 mars

Blocage Ormuz

20 % pétrole mondial paralysé

Panique offre

-2,5 % en séance

9 mars

Pic pétrolier

Brent 119 $ (+30 % intraday)

Niveau inégalé depuis 2022

Bourses mondiales -1 à -6 %

11 mars

CPI fév. 2026

+2,4 % YoY (avant choc)

Données « d'avant le choc »

Attentisme

18 mars

FOMC + dot plot

Taux maintenu 3,50–3,75 %

PCE projeté 2,7 % 2026

Volatilité extrême, -1,4 %

23 mars

Brent actuel

~101,84 $ (−7 % / vendredi)

Volatilité 80–120 $ depuis fév.

S&P ~6 450 (−7,8 % vs ATH)


📌  Observation clé : En à peine deux semaines, les anticipations de marché sont passées de « 3 baisses de taux en 2026 » à « probablement aucune baisse ». Selon le CME FedWatch Tool, la probabilité de statu quo en avril atteint désormais 85,5 %. Ce repricing ultra-violent est l'une des causes directes de la chute des marchés actions.



3) Le pétrole : faut-il vraiment avoir peur de cette flambée ?

Ce qui s'est passé — les faits bruts

Depuis fin février 2026, le marché de l'énergie a basculé. Le détroit d'Ormuz, par où transitent environ 20 millions de barils par jour (20 % du pétrole mondial), est quasi-paralysé par les Gardiens de la Révolution iraniens. Le Brent est passé de 61 $ début 2026 à un pic de 119 $ le 9 mars, soit une hausse de +60 % en quelques semaines, du jamais-vu sur une période aussi courte. Même l'invasion de l'Ukraine n'avait pas provoqué de tels mouvements en si peu de temps. Les prix de l'essence aux États-Unis ont bondi de plus de 50 % depuis fin février.

La transmission à l'inflation — mécanique et délais

Le pétrole n'agit pas instantanément sur l'inflation « core ». Il y a des délais de transmission importants que tout trader ou analyste doit avoir en tête :


  • Immédiat (0–2 semaines) : prix à la pompe, carburant, transports immédiats.

  • 1–3 mois : coûts de production industrielle, agriculture, logistique.

  • 3–6 mois : inflation services (via répercussion sur les prix de vente).


Or, le CPI de février a été publié le 11 mars — il mesure le monde d'avant le choc. À 2,4 % YoY, il est encore « propre ». Les prochains prints (mars, avril) seront les vrais thermomètres de la transmission. C'est là que tout se jouera.

Le précédent historique qui fait froid dans le dos

La Finance Pour Tous le rappelle : le deuxième choc pétrolier de 1979-1980 avait son origine dans la révolution iranienne. La production iranienne s'était effondrée, et le prix du baril avait plus que doublé. Résultat : une stagflation sévère, qui avait forcé la Fed à monter ses taux à près de 20 %, au prix d'une récession profonde. Le Misery Index (chômage + inflation) avait atteint des niveaux à deux chiffres. Aujourd'hui, ce même indicateur se situe autour de 7,1 % (4,4 % de chômage + 2,4 % d'inflation). Moins grave, certes — mais la trajectoire est ce qui inquiète.

Les arguments qui inquiètent

  • PCE core à 3,1 % en janvier 2026 — avant même le choc pétrolier. L'inflation était déjà chaude.

  • PPI (inflation de gros) à +3,4 % YoY en février — +0,7 % m/m, bien au-dessus des attentes (+0,3 %). Signal d'alerte fort.

  • Tarifs douaniers Trump à 15 % — créent un plancher inflationniste structurel indépendant du pétrole.

  • Corrélation S&P 500 / pétrole à −0,93 — quasi-parfaitement inverse. Le marché est « otage » de l'énergie.


Les arguments qui relativisent

  • Réserves stratégiques (AIE) : jusqu'à 400 millions de barils mobilisés. Les membres de l'OCDE disposent théoriquement de 90 jours de stocks.

  • OPEP+ : +206 000 barils/jour de production supplémentaire décidés en réaction.

  • Diplomatie : Le 23 mars, Trump a évoqué de « très bonnes discussions » avec Téhéran. Le pétrole a immédiatement chuté de 10 % en séance.

  • Powell : le 18 mars, il a déclaré que les chocs pétroliers sont « typiquement regardés à travers » par la Fed.


🎯  VERDICT PÉTROLE : La menace est réelle mais pas encore irréversible. Le vrai test sera le PCE de février (attendu fin mars) et le CPI de mars (mi-avril). Si le Brent reste au-dessus de 90 $ pendant encore 6 à 8 semaines, la transmission aux prix sera difficile à nier et la discussion sur la stagflation sortira du domaine théorique.


4) FOMC du 18 mars : la Fed coincée entre deux feux

La décision — statu quo, mais un message ambigu

La Fed maintient le taux à 3,50–3,75 % pour le deuxième meeting consécutif. La décision était attendue à 99,4 % selon le CME FedWatch. L'essentiel n'était pas là — il était dans le dot plot et les nouvelles projections économiques (SEP). Powell a tenu à préciser, non sans ironie : « This is one of those SEPs, where if anyone was going to skip an SEP, this would be a good one. » Traduction : même la Fed reconnaît que ses propres projections sont construites sur du sable mouvant.

Le dot plot du 18 mars — les chiffres qui parlent


Variable

Projection déc. 2025

Projection mars 2026

Variation

PIB réel 2026

+2,3 %

+2,4 %

▲ +0,1 pt

Chômage fin 2026

4,4 %

4,4 %

— inchangé

PCE inflation 2026

2,4 %

2,7 %

▲ +0,3 pt ⚠️

Core PCE 2026

2,5 %

2,7 %

▲ +0,2 pt ⚠️

Taux médian fin 2026

3,4 %

3,4 %

— inchangé

Core PCE 2027

2,1 %

2,2 %

▲ +0,1 pt


Lecture : la Fed monte ses projections d'inflation mais ne monte pas ses projections de taux. Elle croit (ou espère) que le choc est transitoire. 14 membres sur 19 projettent zéro ou une seule baisse en 2026. C'est un signal fort : l'easing prévu pour cette année est quasi-annulé. 7 membres ne voient aucune baisse du tout — contre seulement quelques-uns en décembre.

Le vrai chiffre qui dérange — le PCE core à 3,1 %

Avant même le choc pétrolier, le PCE core (mesure préférée de la Fed) était à 3,1 % en janvier 2026. C'est-à-dire plus du double de l'objectif de 2 %, en accélération depuis trois mois. L'inflation était au-dessus de la cible depuis plus de 5 ans. Goldman Sachs anticipe un PCE core de +0,24 % m/m en février, soit un troisième mois consécutif à un rythme élevé. Morgan Stanley a même révisé sa prévision annualisée du PCE core pour le T1 à 4,56 % — et cela, avant l'impact complet du choc pétrolier.

La question que personne ne veut poser à voix haute : si le PCE core était déjà à 3,1 % avant le choc pétrolier, où sera-t-il dans trois mois avec un Brent à 100 $ et des tarifs douaniers à 15 % ? Powell dit « regarder à travers le choc ». Mais à un moment, le choc devient la réalité.

Ce que Powell dit — et ce qu'il ne peut pas garantir

Powell a été aussi honnête qu'une banque centrale peut l'être : « Il est trop tôt pour connaître l'ampleur et la durée des effets potentiels sur l'économie. Les effets pourraient être beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands, on n'en sait absolument rien. » Cette phrase, prononcée devant les marchés mondiaux, résume parfaitement le problème : la Fed navigue à vue dans un brouillard épais. Elle doit maintenir une politique « légèrement restrictive » sans être « trop restrictive », tout en surveillant une inflation déjà chaude et un emploi qui faiblit.



5) Marchés sonnés — le vrai diagnostic technique et comportemental

Ce que le S&P 500 raconte techniquement

  • Rupture de supports clés : Le S&P 500 a cassé sous sa MM200 jours (6 605) et sa MM exponentielle à 50 semaines (6 500) pour la première fois depuis mai 2025.

  • Quatre semaines consécutives dans le rouge : la pire série en plus d'un an.

  • Corrélation S&P / pétrole à −0,93 : le marché est devenu l'otage direct des prix de l'énergie.

  • Petites caps (Russell 2000) : −8 % depuis le début de la crise. Elles souffrent plus que le large cap, signal classique d'appréhension récessive.

  • Rendement des T-Notes 10 ans : passé de 3,97 % (avant la guerre) à 4,38 % vendredi 21 mars. Signal : le marché obligataire price une inflation durable.


Conclusion technique : le marché est sorti du mode « acheter les creux » pour entrer dans le mode « attendre de voir ». La zone 6 450–6 605 sera décisive.

Ce que les marchés ont déjà repricé


Indicateur

Début 2026

23 mars 2026

Baisses de taux Fed pricées en 2026

3 baisses (~75 bps)

0 baisse (statu quo dominant)

Proba. statu quo réunion avril

~4 %

85,5 %

Proba. hausse de taux avril

~0 %

~12 % (en hausse)

Rendement T-Note 10 ans

3,97 %

4,38 %

VIX (indice de peur)

~14

~24 (zone « peur »)

S&P 500 vs ATH

ATH à 7 002 pts

~6 450 pts (−7,8 %)


L'analyse comportementale — les 3 camps

Sur X (Twitter) et dans les cercles de marché, le sentiment se structure autour de trois positions qui s'affrontent :


  • Camp 1 — « C'est transitoire, achetez le creux » : Powell a dit que les chocs pétroliers sont « regardés à travers ». Les réserves stratégiques tiennent. Et dès que Trump évoque la diplomatie, le pétrole recule de 10 % en séance. La récession n'est pas là.

  • Camp 2 — « C'est structurel, couvrez-vous » : Yardeni Research a relevé la probabilité d'une stagflation à la 1970 à 35 %. J.P. Morgan envisage un scénario sans baisse en 2026 et une possible hausse en 2027. Le PCE core à 3,1 % ne laisse aucune marge à la Fed.

  • Camp 3 — « On ne sait pas » : Le camp le plus honnête intellectuellement. Monica Guerra (Morgan Stanley) : « Les marchés peuvent tolérer l'incertitude pour l'instant, mais une incertitude prolongée sera beaucoup plus difficile à absorber. »


📊  L'indice Fear & Greed de CNN est coincé en zone « Peur ». Le VIX est à 24. Les institutionnels n'achètent pas les creux — ils gèrent leurs couvertures. Ce n'est pas de la panique, c'est quelque chose de plus insidieux : la paralysie par incertitude.



6) La stagflation — vraie menace ou épouvantail ?

Définition et pourquoi c'est le pire scénario pour une banque centrale

La stagflation = stagnation économique + inflation persistante. C'est le scénario cauchemardesque pour la Fed car il est impossible à traiter avec un seul instrument : monter les taux pour lutter contre l'inflation aggrave la récession ; baisser les taux pour soutenir l'emploi laisse filer l'inflation. C'est la définition même d'un piège de politique monétaire. Powell lui-même, lors du FOMC de mars, a qualifié ce mot de « terme des années 1970 » — façon élégante d'éviter d'admettre que les conditions ressemblent de plus en plus à cette époque.

Les indicateurs qui pointent vers la stagflation


Indicateur

Signal

Valeur actuelle

PCE core

🔴 Inflationniste

3,1 % (jan. 2026)

PPI (gros) YoY

🔴 Inflationniste

+3,4 % (fév. 2026)

Core PCE projeté 2026

⚠️ Révisé à la hausse

2,7 % (FOMC mars)

Prix essence USA

🔴 Inflationniste

+50 % depuis fin fév.

NFP février

🔴 Récessif

−92 000 emplois

Taux de chômage

⚠️ En dégradation

4,4 % (+ indicateur Sahm)

PIB réel T4 2025

⚠️ Ralentissement

+1,4 % annualisé (sous estim.)

Tarifs douaniers

🔴 Inflationniste structurel

+15 % (Trump, en vigueur)

Pétrole Brent

🔴 Inflationniste

~100–107 $/baril


Ce qui tempère le scénario noir

  • Le PIB 2026 est projeté à +2,4 % par la Fed : pas encore un signal de récession.

  • Les anticipations d'inflation à long terme (TIPS) : elles remontent mais restent à des niveaux gérables pour l'instant.

  • L'indicateur Claudia Sahm : il envoie un signal d'alerte, mais il ne s'est pas encore déclenché formellement (seuil de 0,5 pt au-dessus du plancher sur 12 mois).

  • Le choc peut être court : si le conflit en Iran se résout diplomatiquement (ce que les marchés ont partiellement pricé le 23 mars), le pétrole pourrait revenir rapidement sous 80 $.


Le scénario central le plus probable aujourd'hui

Ce n'est ni un « soft landing » tranquille, ni une stagflation à la 1979. C'est ce que les économistes américains commencent à appeler une « stagflation lite » ou un épisode de « reflation contrainte » : croissance qui ralentit sans s'effondrer, inflation qui remonte sans déraper (si le conflit se résout rapidement), Fed paralysée 2 à 3 trimestres, marchés actions sous pression de compression multiple.

🚨  MAIS : si le Brent reste au-dessus de 90 $ pendant 6 mois et que les prochains NFP restent négatifs, la qualification « stagflation » deviendra très difficile à éviter. La frontière entre « stagflation lite » et « vraie stagflation » se jouera sur les 60 jours à venir.



7) Lecture fondamentale — les 3 scénarios qui s'affrontent

Scénario A — « Choc pétrolier temporaire / résolution diplomatique »

Pour :

  • Trump a signalé le 23 mars des discussions avec Téhéran → pétrole −10 % en séance.

  • Les stocks stratégiques de l'AIE (400 Mbbl) peuvent tenir 90 jours.

  • Le CPI/PCE avant choc restaient en désinflation progressive.

  • Motley Fool rappelle : avant la guerre, la plupart des analystes attendaient une inflation pic puis déclin en 2026.

Contre :

  • Aucune garantie sur la durée du conflit. Aucun plan de sortie de crise clairement établi.

  • Le détroit d'Ormuz reste « quasi-paralysé » selon Optima Énergie (23 mars).

  • Le Qatar a perdu 17 % de sa capacité de production de GNL, dont la remise en état prendra « 3 à 5 ans ».


Scénario B — « Stagflation lite / paralysie Fed »

Pour :

  • PCE core à 3,1 % avant le choc + PPI en forte hausse = inflation déjà chaude.

  • NFP −92 000 en février + chômage à 4,4 % = signal Sahm qui s'approche du seuil.

  • 14/19 membres FOMC voient zéro ou une seule baisse en 2026.

  • J.P. Morgan : scénario minoritaire mais croissant d'une hausse de taux en 2027.

Contre :

  • PIB 2026 toujours projeté à +2,4 % — pas encore un signal de récession formelle.

  • La Fed dispose encore d'outils si la situation se dégrade rapidement.


Scénario C — « Vraie stagflation / récession inflationniste »

Pour :

  • Pétrole durablement > 90 $ pendant 6 mois = transmission quasi-certaine au core PCE.

  • Tarifs + pétrole + emploi faible = triangle toxique.

  • Yardeni Research : probabilité de stagflation à la 1970 relevée à 35 %.

  • FX.co : « Le Brent pourrait parfaitement atteindre 150, voire 200 dollars. Stagflation et récession sont des scénarios tout à fait possibles. »

Contre :

  • Les États-Unis sont producteurs nets de pétrole — amortisseur partiel.

  • L'économie américaine est moins énergivore qu'en 1979.

  • Anticipations d'inflation LT encore ancrées (mais qui commencent à bouger).



8) Lecture technique — ce que raconte vraiment le prix

Sans sur-interpréter, il y a 4 messages « chart » nets à partir des données de marché actuelles :


  • Rupture des MMAs clés : MM200J (6 605) + MM expo 50 semaines (6 500) cassées pour la première fois depuis mai 2025. Ces niveaux étaient des pivots majeurs.

  • 4 semaines de baisse consécutives : La plus longue série en plus d'un an. L'histoire montre que quand cette baisse met plus de 40 jours à atteindre −5 %, on ne bascule pas dans un bear market (selon les données depuis 1945).

  • Zone critique 6 450–6 605 : Maintien = scenario de reprise possible. Rupture des 6 450 = ouverture vers 6 200–6 000, voire plus bas.

  • Secteurs gagnants vs perdants : Énergie (Exxon +ATH, Chevron +2,9 %) vs Tech (Nvidia en forte correction, lassitude IA). La rotation sectorielle est en cours.


💡  Le marché n'est pas en panique franche — il est en « mode attente ». Ce n'est pas forcément moins dangereux : les marchés qui attendent sans conviction peuvent basculer très vite sur un mauvais chiffre ou une escalade géopolitique.



9) La voix de X (Twitter) — peurs vs espoirs

9.1  Le camp « buy the dip / choc temporaire »

Plusieurs comptes macro sur X résument la thèse : « Powell a dit que les chocs pétroliers sont traditionnellement regardés à travers. Les réserves stratégiques sont là. Et dès que Trump parle à Téhéran, le baril lâche 10 $ en une heure. Le marché surréagit à chaque headline géopolitique. » Ce camp cite aussi le rebond du 16 mars : dès que le pétrole avait reculé, le S&P 500 avait bondi de +1 % et le VIX avait chuté de 13 %. La corrélation est là — dans les deux sens.

9.2  Le camp « stagflation / hawkish Fed »

Ryan Detrick (Carson Group) sur X : « A month ago, no one would have believed this » — en référence à la montée des probabilités de hausse de taux. Ce camp cite l'évolution du CME FedWatch : de 0 % de chance de hausse en février à 12 % mi-mars. Le mot « stagflation » s'est retrouvé dans les bulletins de J.P. Morgan, Yardeni Research (35 % de probabilité), et même dans les commentaires publics de Jerome Powell (qui a pris soin de le rejeter, mais ce n'est pas anodin qu'il ait dû le faire).

9.3  Le camp « Fed credibility crisis »

Un angle intéressant et sous-médiatisé : comment la Fed peut-elle projecter simultanément une inflation plus haute (2,7 %) et une croissance plus forte (2,4 %) tout en maintenant le même niveau de taux ? VT Markets le formule clairement : si croissance et inflation montent, la logique économique standard dit qu'on garde les taux stables ou qu'on les monte — pas qu'on les baisse. Le dot plot commence donc à paraître moins crédible. Et quand la crédibilité de la Fed se fissure, les anticipations d'inflation à long terme décrochent — ce qui rend tout plus difficile à gérer.

9.4  Le camp « inconfort total »

Stéphane Garelli (IMD) l'a dit sans détours après le début du conflit : « Donald Trump est perdu et je crois que c'est ça qui inquiète tout le monde. Le président américain va d'une crise à l'autre. Et qui va résoudre la crise ? Généralement, c'est le consommateur. » Ce sentiment d'inconfort total — pas de la panique, pas de l'espoir, juste de la confusion — est probablement le meilleur résumé de l'état des marchés en ce 24 mars 2026.

Le vrai takeaway comportemental : Les marchés oscillent entre dopamine (Trump évoque la diplomatie, pétrole baisse, tout rebondit) et cortisol (le lendemain, les chiffres PCE/PPI arrivent, le pétrole remonte). Ce mélange produit des séances à mèches violentes, des rotations rapides, et une volatilité qui rend toute conviction inconfortable — même les bonnes.



10) Le match « analystes vs marché » — là où se niche la volatilité

Ce que dit la Fed (discours officiel)

  • Inflation projetée à 2,7 % fin 2026 — révisée en hausse mais supposée transitoire.

  • Un seul cut possible en 2026 — c'est moins que ce que les marchés voulaient croire.

  • « L'incertitude sur les perspectives économiques reste élevée » — rare aveu public de la Fed.


Ce que le marché price (réalité des flows)

  • 85,5 % de probabilité de statu quo en avril. Avant la guerre : 4 %.

  • 12 % de probabilité de hausse en avril. Avant la guerre : 0 %.

  • Les bond traders ont abandonné les espoirs d'easing 2026 : titre de FinancialContent — « The Rate Cut Desert ».

  • JPMorgan a commencé à baisser la valorisation de certains portefeuilles de prêts, signal que le secteur bancaire se prépare à un stress crédit accru.


Le point de friction clé

La Fed dit « inflation transitoire, une baisse possible ». Le marché commence à pricer « zéro baisse, possible hausse ». Quand la Fed dit une chose et que le marché en price une autre, on obtient exactement ce qu'on voit : des mouvements violents à chaque surprise de données, une vol élevée, des fakeouts, et une impossibilité de tenir une conviction directionnelle.



11) Ce qu'il faut surveiller maintenant — les questions ouvertes


Indicateur à surveiller

Date attendue

Pourquoi c'est crucial

PCE core / PCE headline fév. 2026

Fin mars 2026

Premier vrai thermomètre de la transmission pétrole → inflation core

CPI mars 2026

Mi-avril 2026

Deuxième confirmation (ou infirmation) de la tendance inflationniste

NFP mars 2026

3 avril 2026

Confirme-t-on la destruction d'emplois ? Seuil Sahm franchi ?

PIB T1 2026 (première estimation)

Fin avril 2026

Si proche de zéro → récession + inflation = stagflation officielle

Évolution du détroit d'Ormuz

Quotidien

Détermine si le choc pétrolier est court ou durable

Nomination du successeur de Powell

Avant mai 2026

Kevin Warsh (plus hawkish) ou autre ? Changement majeur de direction

Prochaine réunion FOMC

7 mai 2026

Hike ? Cut ? Hold ? Les données des 6 prochaines semaines décideront



Conclusion — Ce que les marchés nous disent vraiment

Les marchés en ce 24 mars 2026 ne sont pas en panique. Ils sont quelque chose de plus difficile à gérer : ils sont dans un état d'incertitude structurée. Ils savent qu'il y a un problème. Ils ne savent pas si ce problème est grave, temporaire, ou le début de quelque chose de plus long.

La Fed a répondu honnêtement (« on ne sait pas ») mais cette honnêteté même est un aveu de faiblesse politique. Le pétrole à 100 $ presse sur une inflation déjà chaude. Le marché du travail montre ses premières fissures. Et les tarifs douaniers créent un plancher inflationniste qui ne disparaîtra pas avec la fin du conflit iranien.

La stagflation à la 1979 ? Probablement pas. La situation est plus nuancée, moins extrême. Mais une « stagflation lite » — croissance qui décroche, inflation qui résiste, Fed les mains liées — est un scénario qui mérite d'être pris au sérieux, pas rejeté d'un revers de main.


🔑  La clé des prochaines semaines :• Si le Brent redescend durablement sous 80 $ (résolution diplomatique) + PCE core qui reflue → retour vers le soft landing.• Si le Brent reste > 90 $ + PCE core remonte + NFP négatif × 2 → la discussion sur la stagflation devient la discussion principale.Entre les deux : de la volatilité, des fakeouts, et des marchés qui réagiront violemment à chaque headline. C'est précisément dans ces environnements que la lecture macro fine fait la différence entre un trader qui subit et un trader qui anticipe.



Sources utilisées dans cet article :

• Federal Reserve — FOMC Statement & SEP du 18 mars 2026 (federalreserve.gov)

• Charles Schwab — FOMC March 2026 Dot Plot Analysis

• BondsAvvy — March 2026 Fed Dot Plot (bondsavvy.com)

• France Info — Flambée du prix du baril depuis le début de la guerre au Moyen-Orient

• Optima Énergie — Actualité du marché du pétrole en 2026 (optima-energie.fr)

• Cercle de l'Épargne — Le coin des épargnants du 20 mars 2026

• FX.co — S&P 500 : quatre semaines de baisse sous la pression du choc pétrolier

• The Motley Fool — Stagflation Is Starting to Rear Its Ugly Head (mars 2026)

• Fortune — June Fed rate hike odds just surpassed rate cut odds (19 mars 2026)

• France Épargne — CPI février 2026 & FOMC mars 2026 (france-epargne.fr)

• La Finance Pour Tous — Guerre en Iran : impact sur l'énergie et l'économie mondiale

• Euronews — Le pétrole recule après le recul de Trump sur l'Iran (23 mars 2026)

• FinancialContent — The Rate Cut Desert / The Great Inflation Pivot of 2026

• VT Markets — Le dot plot de la Fed confronté à la réalité (24 mars 2026)

• X (Twitter) — Ryan Detrick (Carson Group), Monica Guerra (Morgan Stanley), Stéphane Garelli (IMD)



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Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.

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