NFP du 20 novembre 2025 : quand un rapport « mitigé » déclenche un rally… puis un crash de fin de séance
1. Ce que dit vraiment le rapport NFP
D’abord les faits.
1.1. Les chiffres clés
Le rapport publié le 20 novembre (« Employment Situation – September 2025 ») donne : bls.gov+1
+119 000 emplois non agricoles (NFP)
Consensus : ~50–55k
Mois précédent révisé de +22k à –4k
Taux de chômage : 4,4 %
vs 4,3 % en août
plus haut niveau depuis octobre 2021 bls.gov+2PNC Bank+2
Création d’emplois « depuis avril » : quasi stagnation
BLS dit explicitement que l’emploi total « a peu évolué depuis avril »
Salaires horaires moyens
+0,2 % m/m
+3,8 % sur un an, dans la borne 3,7–3,9 % où ils oscillent depuis le début de l’année bls.gov+1
Moyenne mobile 3 mois des NFP
62k emplois par mois, contre 18k dans la période précédente, mais très loin des 200k+ de 2024 PNC Bank
Composition sectorielle : bls.gov+1
Santé : +43k
Restauration / bars : +37k
Aide sociale : +14k
Transport & logistique : –25k
Emploi fédéral : –3k (–97k depuis janvier)
Côté participation, 62,4 %, stable sur un an ; emploi/population 59,7 %, en légère baisse sur un an. bls.gov+1
En résumé :
Headline plus fort qu’attendu, mais sur une tendance de refroidissement, chômage qui remonte, salaires en décélération graduelle.
1.2. Un rapport décalé par un shutdown exceptionnel
À ne pas oublier :
Le shutdown fédéral d’octobre–début novembre a bloqué la publication des données, et le BLS explique noir sur blanc que le rapport de septembre sort plus de six semaines en retard, et que le rapport d’octobre ne sortira pas du tout (les données d’octobre seront intégrées à celui de novembre, publié mi‑décembre). bls.gov+1
Donc on lit en novembre une photo de… septembre, dans un contexte macro qui a déjà un peu bougé.
2. Comment les marchés ont réagi : un « bad news is good news »… puis « plus rien ne va »
2.1. La lecture à chaud : « soft mais pas catastrophique » → rally
Dans les minutes qui suivent la publication :
Le NFP sort plus solide que prévu (+119k vs ~50k).
Mais :
le chômage monte à 4,4 %,
la tendance reste celle d’un marché du travail nettement plus mou qu’en 2023,
les salaires restent contenus à 3,8 % y/y. bls.gov+2PNC Bank+2
Les desks macro et les économistes décrivent donc un rapport “mixed” :
« l’économie tient, mais le marché du travail s’effiloche » Investors+2Morningstar+2
Conséquence immédiate :
Les taux longs reculent légèrement (10 ans US en baisse de quelques bps). RTTNews+1
Les probabilités implicites d’un cut de la Fed en décembre montent d’environ 30 % à ~40–45 % selon les Fed funds futures. RTTNews+2PNC Bank+2
À ce moment‑là de la journée, le S&P 500 gagne ~1,8 %, le Nasdaq plus de 2 %, porté par la combinaison Nvidia + NFP “gérable”. PNC Bank+2Forex+2
C’est du bad news is good news textbook :
Bad : chômage plus haut, tendances de refroidissement, révisions négatives de juillet/août (–33k). bls.gov+1
Good pour les actifs risqués : ça donne à la Fed un peu plus de couverture politique pour continuer à baisser les taux après les coupes de septembre et d’octobre, qui ont déjà ramené la target à 3,75–4,00 %. seic.com+2Trading Economics+2
2.2. Fin de séance : inversion violente, le S&P 500 finit à –1,6 %
Mais ce n’est pas l’histoire complète.
En fin de séance, l’euphorie s’évapore :
Le S&P 500, après avoir pris jusqu’à +1,9 %, termine à –1,6 %, plus bas de plus de deux mois.
Le Nasdaq passe de +2,6 % intraday à –2,2 % à la clôture. RTTNews+1
Les commentaires de marché expliquent :
Nvidia : énorme rally matinal, puis reversal, le titre finissant en baisse malgré des résultats stratosphériques. RTTNews+2Reuters+2
NFP : le marché se met à insister davantage sur le côté “jobs > attentes” que sur la hausse du chômage.
Fed : les minutes de la réunion d’octobre, publiées la veille, montraient déjà un FOMC très divisé sur la nécessité de continuer à couper en décembre. Federal Reserve+2Reuters+2
Mécanique de la séance :
Matin : « le marché du travail se refroidit → la Fed peut couper → j’achète tout »
Après‑midi : « attention, 119k c’est quand même un beat, la Fed n’est peut‑être pas si pressée → je prends mes profits / je coupe le risque »
Le mouvement est tellement brutal qu’il devient lui‑même un sujet sur X : captures d’écran des indices avant/après, memes « 1 trillion évaporé » sur le S&P 500, commentaires sur « le marché incapable de choisir entre la macro et l’IA ». Instagram+2Instagram+2
3. Ce qui se dit sur X / dans la communauté marché
En synthèse des réactions visibles dans la presse, les notes sell‑side, les interventions TV et les réseaux :
3.1. Camp « Soft landing confirmé, la Fed peut couper »
Narratif :
119k, c’est mieux que les 50k attendus, mais ça reste minuscule comparé aux 200–300k de la période 2021–2023. bls.gov+2PNC Bank+2
Le taux de chômage à 4,4 % est quasiment exactement là où la Fed l’attendait dans ses dernières projections (4,5 % en moyenne T4 2025). Federal Reserve+1
Les salaires à 3,8 % se rapprochent progressivement d’un rythme cohérent avec une inflation PCE qui revient vers 2 %. bls.gov+2Federal Reserve+2
Sur X, ça donne des threads du genre :
« Le marché du travail atterrit sans crash. C’est exactement le film que la Fed veut voir. »
« Chômage un peu plus haut = plus de marge pour baisser les taux sans perdre la face. »
Psychologie :
C’est le camp optimiste structurel : biais de confirmation + narratif de “soft landing” vis‑à‑vis de la récession que tout le monde annonçait en 2022–2023.
On retrouve beaucoup de comptes qui étaient déjà bullish en 2023–2024 sur l’IA, le logement, etc.
3.2. Camp « Near disaster / récession larvée »
À l’opposé :
Des notes comme « Why Nonfarm Payrolls Was a Near Disaster » soulignent que la dynamique sous‑jacente reste mauvaise : très faible création nette depuis avril, révisions négatives, montée progressive du chômage. Scotiabank+2bls.gov+2
Des économistes soulignent que le 3‑month average de 62k, c’est un marché du travail qui a ralenti de plus de 70 % par rapport au rythme “normal” post‑Covid. PNC Bank+1
Sur X, ça donne :
« On est déjà en récession de l’emploi, mais comme le rapport arrive en retard, tout le monde fait comme si c’était du temps réel. »
« Chaque mois on monte de 0,1 pt de chômage, attendez la cassure à 4,7–5 %. »
Psychologie :
Biais de retour à la moyenne et de narratif catastrophe : dès que la série va dans le “mauvais” sens plusieurs mois de suite, ce camp extrapole en mode « ça va casser beaucoup plus bas ».
On trouve souvent ici des gens qui ont raté le rally 2023–2024 et cherchent des signaux que « la chute arrive enfin ».
3.3. Camp « C’est juste confus, l’important c’est la Fed »
Enfin, il y a le camp pragmatique :
Rapport “mixed”, ni assez catastrophique pour forcer la main à la Fed, ni assez solide pour qu’elle puisse dire « mission accomplie, plus de cuts ». Investors+2Investopedia+2
Tout le monde regarde en réalité la réunion du 10 décembre : cut ou pas cut, et surtout le dot plot et le message pour 2026.
Sur X, ça se voit à des posts du type :
« Les données sont laggées, le marché va juste trader la probabilité implicite de cut FedWatch. »
« Ce NFP ne règle rien, il ajoute une couche de bruit dans un environnement déjà brouillé par le shutdown. »
4. Mise en perspective avec les projections de la Fed
4.1. Où en est-on par rapport au scénario officiel de la Fed ?
Dans le Summary of Economic Projections de septembre 2025, la Fed projette (médian) : Federal Reserve
Croissance réelle 2025 : 1,6 %
Chômage 2025 (Q4) : 4,5 %
Inflation PCE 2025 : 3,0 % ; core PCE 3,1 %
Fed funds fin 2025 : 3,6 %
Aujourd’hui :
Chômage : 4,4 % (on est quasi pile sur la trajectoire projetée). bls.gov+1
PCE estimée autour de 2,8 % en septembre selon la Fed (minutes d’octobre) – légèrement en dessous de la trajectoire médiane. Federal Reserve+1
Fed funds : 3,75–4,00 %, après deux cuts en septembre et octobre. seic.com+2Trading Economics+2
Conclusion :
Le NFP du 20 novembre ne casse absolument pas le scénario de la Fed. Au contraire, il valide grosso modo :
Un marché du travail qui se refroidit sans s’effondrer.
Une inflation qui revient lentement vers 2 %.
Une Fed qui envisage encore 1–2 cuts de plus pour coller à son chemin de taux médian (3,6 %).
4.2. Le reste de la macro : croissance pas brillante, mais loin du mur
Quelques repères :
Le modèle GDPNow d’Atlanta voit la croissance T3 2025 autour de 4,2 % annualisé ; le Nowcast de la Fed de New York est plus bas (~2,3 %) mais toujours positif. Federal Reserve Bank of Atlanta+1
Le Survey of Professional Forecasters (Philly Fed) anticipe 1,9 % de croissance en 2025 et 1,8 % en 2026, en légère révision haussière par rapport à l’été. Federal Reserve Bank of Philadelphia
Donc :
On n’est pas dans un scénario de “tout va bien, circulez”,
mais clairement pas non plus dans un scénario de hard landing immédiat.
5. “Bad news is good news” : comment ce NFP s’insère dans le régime actuel
5.1. Le régime
En ce moment, le marché est dans un mode classique :
Moins de jobs / plus de chômage = plus de probabilité de cuts = bon pour les actions (à court terme).
C’est particulièrement vrai après :
des mois de data blackout dûs au shutdown (la Fed navigue à vue) ; Federal Reserve
deux cuts déjà effectués, ce qui a installé l’idée d’un cycle de baisse des taux. seic.com+2Trading Economics+2
Le marché se projette : « si le chômage continue de monter gentiment, la Fed va dérouler 3–4 cuts et c’est bullish pour les multiples. »
5.2. Ce que ce NFP apporte à ce régime
Côté “bad” :
Chômage 4,4 % (plus haut depuis 2021) ;
NFP très loin des 200–300k d’antan ;
Révisions négatives;
Croissance des salaires sous 4 %. bls.gov+2PNC Bank+2
Tout ça confirme la narration “cooling” que la Fed elle‑même décrit dans ses minutes :
“slow cooling labour market without sharp deterioration”. Federal Reserve
Côté “good” (pour l’économie, donc potentiellement “bad” pour les taux) :
119k > 50–55k attendus, donc l’économie n’est pas en train de casser brutalement. Reuters+2euronews+2
La moyenne 3 mois remonte à 62k (depuis 18k), ce qui suggère plus un rafraîchissement qu’un effondrement. PNC Bank+1
D’où, pour la Fed :
Les “hawks” peuvent dire : “on n’a pas besoin d’aller beaucoup plus vite sur les cuts, l’économie tient.”
Les “doves” peuvent dire : “la montée du chômage et les salaires contenus justifient de continuer à accompagner la désinflation”.
D’où aussi la phrase PNC : « monetary policy implications are a split decision », qui résume parfaitement ce rapport. PNC Bank
6. Lecture comportementale et psychologique
6.1. Sur les marchés actions (S&P 500)
Ce qu’on voit dans la séance du 20 novembre :
Biais de focalisation sur le headline
Au début : on regarde surtout « chômage en hausse + salaires modérés » → rally.
Ensuite : on réalise que 119k > consensus et que la dernière jambe du rally IA a été violente → on bascule vers « ce n’est pas assez mauvais pour obliger la Fed à couper » → prise de profit agressive. PNC Bank+2RTTNews+2
Effet de levier sur le narratif Nvidia
Nvidia symbolise le “nouveau cycle IA”.
Quand le titre passe de +5 % à –3 % dans la journée, ça casse le moral général, indépendamment du NFP. RTTNews+1
FOMO / JOMO (Fear Of Missing Out / Joy Of Missing Out)
Ceux qui étaient all‑in IA + duration se disent : “j’ai un prétexte pour alléger”.
Ceux qui ont raté le rally se félicitent d’avoir attendu, et amplifient le narratif “ce n’est que le début de la rechute”.
Aversion au regret & trading autour des probabilités de cut
Les tweets se focalisent sur FedWatch : 30 % → 40–45 % de probabilité de cut en décembre. RTTNews+2PNC Bank+2
Beaucoup se mettent à trader la probabilité, pas le fond macro : dès qu’elle monte, on achète le bêta ; dès qu’elle retombe, on vend.
6.2. Côté macro / Fed watchers
On observe :
Biais de récence :
ceux qui ont encore en tête la période 2021–2022 (jobs à +400k, inflation à 7 %) trouvent le marché du travail “mort”.
ceux qui viennent de vivre le shutdown et la peur d’un “no data Fed” voient ce rapport comme un énorme soulagement.
Anchoring sur les projections Fed :
Un chômage à 4,4 %, quand la Fed projette 4,5 %, paraît “parfait”.
Mais dès qu’un chiffre surprend (119k vs 50k), certains y voient une “erreur de trajectoire”.
Surréaction à un seul data point
Alors que la Fed répète que c’est la tendance multi‑mois qui compte, une bonne partie de la communauté sur X traite chaque NFP comme un référendum total sur la politique monétaire.
7. Répondre aux interrogations et… apporter un peu de « réconfort » rationnel
7.1. « Est‑ce que ce NFP tue l’espoir de cuts ? »
Non, mais il ne le rend pas certain non plus.
Les marchés de taux et les économistes “mainstream” voient toujours une probabilité significative (~1/3 à 1/2) de cut en décembre, voire un autre début 2026. PNC Bank+2RTTNews+2
Ce NFP est quasiment aligné avec le scénario de la Fed : chômage ~4,5 %, désinflation graduelle, croissance modeste.
Donc la vraie question n’est plus “cut ou pas cut”, mais plutôt :
À quelle vitesse la Fed va‑t‑elle descendre vers sa trajectoire médiane de 3,6 % en 2025, puis ~3,1 % en 2027–2028 ? Federal Reserve+1
7.2. « Est‑ce que ce rapport annonce une récession imminente ? »
Là encore, non, si on se fie aux stats :
Job growth positif, même faible ;
Chômage encore très proche de ce que la Fed considère comme le “taux d’équilibre” (4–4,2 %) ; Federal Reserve+1
Projections de croissance 2025–2026 autour de 1,8–1,9 %, pas génial mais loin d’un scénario de ‑2/‑3 %. Federal Reserve Bank of Philadelphia+1
Ce qu’on voit ressemble plus à un fin de cycle classique :
L’emploi se tasse en premier,
le chômage remonte doucement,
la Fed commence à desserrer les taux,
les marchés actions deviennent très sensibles au moindre datapoint.
7.3. « Bad news is good news va durer combien de temps ? »
Historiquement, ce régime est instable :
Tant que les “mauvaises nouvelles” se limitent à un refroidissement (chômage 4,4 vs 3,8 ; NFP 50–100k vs 300k), le marché les célèbre :
moins de tension = plus de chances de cuts = multiples plus élevés.
Dès que les mauvaises nouvelles commencent à toucher les bénéfices (hausse rapide du chômage, profits en baisse, défauts de crédit), le régime bascule en “bad news is bad news”.
Avec ce NFP :
On est encore clairement dans la phase 1 : les earnings tiennent, la productivité est solide (PNC souligne une hausse de >3 % en T3), et le NFP reste positif. PNC Bank+2Federal Reserve+2
8. En pratique, comment digérer ce rapport si tu trades ou investis sur le S&P 500 ?
Sans faire de conseil d’investissement, quelques axes de lecture rationnelle :
Le NFP valide plutôt le scénario Fed, il ne le détruit pas.
Donc la trajectoire macro centrale (soft landing + désinflation lente) reste vivante.
La volatilité intraday (rally → crash) est le symptôme d’un marché sur‑concentré
Très dépendant de quelques thèmes (IA, big tech, Fed cuts).
Dans ce contexte, chaque NFP est autant un événement de positionnement qu’un événement macro.
Comportementalement, le danger n°1 c’est de sur‑réagir à un seul chiffre.
La Fed, elle, regarde la tendance 6–12 mois, pas le bruit d’un rapport décalé par un shutdown.
Si tu crois à la thèse “bad news is good news” :
Ce rapport joue plutôt dans ton sens :
cooling confirmé,
aucune preuve de chute brutale,
Fed probablement encore en mode easing graduel.
Mais il faut accepter un environnement où les séances à +/-2 % deviennent la norme.
Si tu es inquiet d’un hard landing :
Ce rapport ne donne pas encore les signes classiques (job losses massifs, hausse brusque du chômage, dégradation rapide du crédit).
Il montre un ralentissement, pas encore une rupture.
