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Fed 10 décembre : un “hawkish cut” qui fait monter le S&P 500 mais douchent les rêves de méga‑baisse en 2026

11 décembre 2025 par
Fed 10 décembre : un “hawkish cut” qui fait monter le S&P 500 mais douchent les rêves de méga‑baisse en 2026
Maxence
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Résumé en 30 secondes

  • La Fed a baissé ses taux de 25 pb (3,50–3,75 %) pour la 3ᵉ fois d’affilée, tout en lançant des achats de T‑Bills pour stabiliser les réserves bancaires. Federal Reserve

  • Dans ses nouvelles projections (SEP), elle voit désormais une croissance plus forte (PIB 2026 à 2,3 % vs 1,8 % en septembre), une inflation plus basse (PCE 2026 à 2,4 % vs 2,6 %) mais presque aucune baisse de taux supplémentaire : médiane des Fed funds toujours à 3,4 % en 2026. Federal Reserve

  • Le S&P 500 a gagné ~0,7 %, tout près d’un nouveau record, porté par le combo “taux un peu plus bas + scénario macro Goldilocks”. SWI swissinfo.ch

  • Sur X/Twitter et dans les commentaires de marché, on parle d’un « hawkish cut » : soulagement de voir la Fed accompagner le refroidissement du marché du travail, mais déception chez ceux qui espéraient plusieurs cuts en 2026. The Real Economy Blog+1

  • Powell insiste : la politique est « dans la fourchette du neutre », la suite sera dépendante des données, avec des risques d’inflation encore à la hausse à court terme mais des risques d’emploi clairement montés. Federal Reserve+1

1. Ce que la Fed a fait – la mécanique monétaire

1.1. Décision de taux

Le 10 décembre, la Fed :

  • Baisse le taux directeur de 25 pb à une fourchette 3,50–3,75 % (3ᵉ cut d’affilée),

  • Parle d’une économie en croissance modérée, d’un marché du travail qui se refroidit et d’une inflation encore “un peu élevée”,

  • Et annonce des achats de Treasuries court terme pour maintenir un niveau de réserves “ample”. Federal Reserve+1

Powell rappelle en conférence que :

  • La Fed a déjà baissé les taux de 75 pb en trois réunions,

  • Que la politique monétaire se situe désormais « dans une fourchette plausible de neutre »,

  • Et qu’il n’y a « aucun scénario de hausse de taux » comme base case. Federal Reserve+1

1.2. Les nouvelles projections (SEP) vs septembre

Les médianes de décembre, par rapport aux projections de septembre : Federal Reserve

Croissance réelle (PIB, Q4/Q4)

  • 2025 : 1,7 % (vs 1,6 % en septembre)

  • 2026 : 2,3 % (vs 1,8 %)

  • 2027 : 2,0 % (vs 1,9 %)

Chômage (T4)

  • 2025 : 4,5 % (inchangé)

  • 2026 : 4,4 % (inchangé)

  • 2027 : 4,2 % (légèrement plus bas qu’en septembre)

Inflation PCE (Q4/Q4)

  • 2025 : 2,9 % (vs 3,0 %)

  • 2026 : 2,4 % (vs 2,6 %)

  • 2027 : 2,1 %, 2028 : 2,0 % (cible atteinte seulement à partir de 2028)

Core PCE

  • 2025 : 3,0 % (vs 3,1 %)

  • 2026 : 2,5 % (vs 2,6 %)

Taux des Fed funds (fin d’année)

  • 2025 : 3,6 % (médiane inchangée)

  • 2026 : 3,4 % (inchangée)

  • 2027 : 3,1 % (inchangée)

Donc :

Croissance plus forte + inflation plus basse + chômage quasi inchangé… mais chemin de taux quasiment identique.

C’est exactement ce qui nourrit la sensation de “bonne nouvelle macro, mais guidance décevante” chez une partie du marché.

2. Réaction du S&P 500 : un rallye sur fond de “hawkish cut”

Le jour de la réunion, le S&P 500 monte d’environ 0,7 %, proche d’un record historique de clôture, tandis que le Russell 2000 (small caps) s’envole de 1,3 %. Les taux longs reculent légèrement (10 ans ~4,14 %). SWI swissinfo.ch

Un autre débrief résume :

  • Dow +1,1 %, S&P +0,7 %, Nasdaq +0,3 %,

  • 10 ans US qui retombe vers 4,15 %,

  • et un marché qui considérait à 90 % une coupe de 25 pb comme déjà acquise avant la réunion. Investopedia

Les commentaires Bloomberg parlent d’un “hawkish cut modéré” (Evercore ISI), mais aussi d’un scénario Goldilocks confirmé : croissance révisée en haut, inflation un peu plus bas, chômage contenu. SWI swissinfo.ch

En clair :

  • Les actions : rassurées par l’idée que la Fed accompagne la faiblesse de l’emploi sans casser l’histoire de la désinflation.

  • Les taux : soulagés que la Fed ne verrouille pas un cycle prolongé de cuts mais accepte une économie “un peu plus chaude”.

  • Le message implicite : “On coupe, mais on ne vous promet pas un tapis rouge de liquidité en 2026.”

3. Ce que “les gens” en pensent (X/Twitter & commentaires de marché)

On ne peut pas scanner l’intégralité de X en temps réel, mais les articles, notes de recherche et commentaires citant des posts donnent une bonne idée des narratifs dominants.

3.1. Camp « Risk-on, Goldilocks »

Narratif : “On a le meilleur des mondes : croissance révisée en haut, inflation en bas, la Fed coupe sans paniquer.”

  • Bloomberg/Swissinfo : la nouvelle SEP “renforce le narratif Goldilocks qui sous-tend la hausse des actions depuis plusieurs mois”. SWI swissinfo.ch

  • Deutsche Bank : Powell insiste sur une croissance “solide”, des gains de productivité et des capex IA qui soutiennent l’activité, tout en voyant l’inflation glisser doucement vers 2 %. RealClear Assets

Ce camp voit la réunion comme plutôt dovish : la Fed coupe alors qu’elle vient de relever ses prévisions de croissance.

3.2. Camp « Hawkish cut / pas assez de cuts en 2026 »

C’est là que se situe notre interrogation.

  • RSM titre carrément : « Fed delivers hawkish cut, raising the bar for future reductions ». The Real Economy Blog

  • La note souligne que le dot‑plot ne montre qu’un seul cut en 2026, malgré :

    • une croissance 2026 remontée à 2,3 %,

    • une inflation PCE ramenée à 2,4 % en 2026,

    • et un chômage stabilisé autour de 4,4–4,2 %. The Real Economy Blog+1

Reuters insiste sur la division interne :

  • Médiane = un seul cut en 2026,

  • Mais 7 membres ne veulent aucune baisse et 3 voient même une hausse (!),

  • Et 6 membres ont “déjà” signalisé via le dot plot qu’ils n’étaient pas en faveur du cut d’hier. Reuters

Sur X/Twitter et dans la sphère crypto, ça tourne vite à : “la Fed a coupé… mais le chemin futur est plus dur que ce qu’on espérait” :

  • FinanceFeeds résume parfaitement le sentiment : le marché avait pricé des scénarios plus agressifs de baisse en 2026, et la projection d’un seul cut, avec un discours prudent sur l’inflation, a provoqué un “sell the news” dans les actifs les plus spéculatifs. FinanceFeeds

3.3. Camp « Pourquoi couper du tout ? »

Une minorité “hawk” souligne un paradoxe :

“Si la croissance est revue en hausse et l’inflation seulement lentement en direction de 2 %, pourquoi couper encore ?”

RSM pose la question très directement : “The strong upgrade to the growth outlook next year and a near-full unemployment rate begs the question: Why was the rate cut needed at all?” The Real Economy Blog

Ce camp voit la décision comme un geste politique de fin de mandat de Powell : limiter la casse sur l’emploi avant qu’un nouveau président de la Fed arrive, plutôt qu’un geste basé uniquement sur les modèles d’inflation.

4. Les faits macro derrière le show : un ralentissement contrôlé

4.1. Inflation : déjà sous les projections 2025 de septembre

Les dernières données disponibles avant la réunion, notamment le PCE de septembre, montraient :

  • PCE 2,8 % a/a,

  • Core PCE 2,8 % a/a,

  • +0,3 % m/m sur le headline et +0,2 % sur le core. Trading Economics+1

La Fed, dans son SEP de décembre, vise pour 2025 :

Donc la réalité colle déjà au bas de la fourchette qu’ils projetaient en septembre — ce qui justifie :

  • D’ajuster leurs prévisions légèrement à la baisse,

  • Et de desserrer un peu la contrainte monétaire sans crier victoire.

4.2. Emploi : une apparence de solidité, mais beaucoup de doutes

Côté emploi, le rapport de septembre (publié le 20 novembre après le shutdown) montrait :

  • +119 000 emplois seulement,

  • un chômage à 4,4 %, plus haut niveau depuis 4 ans,

  • et une création d’emplois quasi plate depuis avril. Bureau of Labor Statistics+1

Powell ajoute une couche en conférence : il suggère que les modèles BLS surestiment peut‑être l’emploi de ~60k/mois, ce qui voudrait dire qu’on perdrait en réalité des emplois depuis le printemps. RealClear Assets+1

Du point de vue de la Fed :

  • Risque inflation : encore au‑dessus de 2 %, alimenté par les tarifs sur les biens importés. Federal Reserve+1

  • Risque emploi : chômage en hausse, créations en berne, données incertaines et potentiellement révisées à la baisse.

Powell le dit quasi mot pour mot :

“Les risques sont orientés à la hausse pour l’inflation et à la baisse pour l’emploi, il n’y a pas de chemin sans risque.” Federal Reserve

Ça, c’est la justification fondamentale du cut d’assurance tout en gardant une trajectoire de taux prudente pour la suite.

5. Pourquoi les projections peuvent sembler “décevantes” malgré tout

5.1. Le point de vue du marché avant la réunion

Avant le 10 décembre, beaucoup d’analystes anticipaient :

  • 2 cuts en 2026 comme scénario central du marché (voire davantage chez les plus dovish),

  • un dot‑plot qui s’alignerait progressivement sur cette vision. MarketPulse+1

Les futures et les swaps de taux incorporaient déjà un cycle de baisse plus généreux que ce que la Fed affichait en septembre.

Résultat :

Quand la Fed maintient une médiane à un seul cut en 2026, même avec inflation plus basse, ça apparaît comme un resserrement relatif par rapport aux attentes du marché – pas par rapport à septembre.

5.2. La logique interne de la Fed

Vu de l’intérieur :

  • La Fed a amélioré ses prévisions de croissance,

  • abaissé ses prévisions d’inflation,

  • mais considère que le taux neutre est autour de 3 % et que les Fed funds sont déjà “dans la zone”. Federal Reserve+1

Autrement dit :

  • Plus de croissance + plus de productivité = pas besoin de pousser les taux beaucoup plus bas. RealClear Assets

  • Inflation encore >2 % jusqu’en 2027 = ils ne peuvent pas crédibiliser 3–4 cuts de plus sans prendre le risque de perdre l’ancrage des anticipations.

Politiquement, c’est aussi une Fed :

  • très divisée (6 “dissidents silencieux” dans le dot‑plot, 3 votes contre la décision), Reuters+1

  • sous la menace d’un changement de gouvernance en 2026, avec un nouveau président potentiellement plus accommodant, ce qui rend les projections actuelles… provisoires. Reuters

Difficile dans ce contexte de publier un chemin de taux ultra‑dovish qui engagerait le prochain chair.

6. Lecture comportementale & psychologique

6.1. Le biais d’« espoir de pivot »

Depuis 2022, une partie du marché a vécu dans le narratif recurrent du “Fed pivot imminent”. Chaque signe de ralentissement ou de désinflation est interprété comme la preuve que :

“Cette fois, c’est sûr, on va avoir un cycle de baisse massif.”

Le problème :

  • Les données (PCE 2,8 %, core 2,8 %, chômage 4,4 %) racontent une histoire de refroidissement maîtrisé, pas de crise. Trading Economics+1

  • La Fed veut garder de l’optionnalité : elle préfère promettre peu, quitte à faire plus si ça se dégrade, plutôt que l’inverse.

D’où une dissonance cognitive :

  • Les bulls actions regardent le combo “croissance OK + Fed qui coupe” → rallye.

  • Les fans de liquidité illimitée regardent le dot‑plot de 2026 → déception (“pas assez de cuts”).

6.2. “Hawkish cut” comme compromis psychologique

Le label “hawkish cut” résume bien l’équilibre psychologique :

  • Les colombes obtiennent : un cut maintenant, un Powell très sensible au risque sur l’emploi, un discours assez confiant sur la désinflation. RealClear Assets+1

  • Les faucons obtiennent :

    • pas de promesse de série de cuts,

    • inflation à 2 % seulement en 2028 dans les projections,

    • un dot‑plot 2026 qui refuse de rentrer dans le jeu des marchés (une seule baisse). Federal Reserve+2The Real Economy Blog+2

Psychologiquement, c’est un message de stabilité :

“Nous sommes proches du point d’atterrissage. Si l’emploi se dégrade vraiment ou si l’inflation retombe plus vite, on en fera plus. Mais on ne va pas pré‑annoncer un QE bis juste pour faire plaisir aux marchés.”

7. Conclusion : déception relative, confirmation d’un scénario “Goldilocks durci”

Pour répondre à notre question :

Les dernières projections sont‑elles une déception malgré qu’elles soient positives ?

  • Oui, pour ceux qui espéraient un virage franchement dovish en 2026 :

    • la Fed confirme qu’elle ne voit qu’un cut de plus l’an prochain,

    • les dots révèlent une forte résistance interne à des baisses supplémentaires,

    • et Powell insiste sur le caractère data‑dependent et “non pré‑programmé” de la suite. Reuters+1

  • Non, si tu regardes l’ensemble macro + marché :

    • croissance révisée en haut,

    • inflation révisée en bas,

    • emploi qui ralentit mais sans s’effondrer,

    • S&P 500 proche de ses plus hauts, dans un environnement de taux proche du neutre et probablement encore baissier à la marge en 2026. Federal Reserve+1

En langage trader :

  • Le macro‑setup reste très favorable au S&P : croissance > potentiel (2,3 % vs 1,8 % de long terme), inflation en décélération graduelle, liquidité qui n’est plus restrictive. Federal Reserve+1

  • Le SEP est “décevant” uniquement par rapport aux fantasmes de cuts massifs de 2026, pas par rapport à septembre.

Lecture finale :

La réunion du 10 décembre n’est ni un pivot agressif, ni un retour au mode “higher for longer”. C’est une normalisation : la Fed se met à peu près au neutre, valide que la désinflation est en bonne voie sans être terminée, accepte un peu plus de risque d’inflation pour protéger l’emploi… et laisse au prochain président de la Fed le soin de décider si 2026 sera l’année d’un vrai cycle de baisse ou simplement d’ajustements à la marge.

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