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CPI trop faible pour être rassurant : quand la désinflation rattrape la Fed et inquiète le marché

18 décembre 2025 par
CPI trop faible pour être rassurant : quand la désinflation rattrape la Fed et inquiète le marché
Maxence
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Le CPI de novembre 2025, publié ce jeudi 18 décembre, tombe nettement sous les attentes : +2,7 % sur un an (core 2,6 %), alors que le consensus visait plutôt 3,1 % / 3,0 %. Calculated Risk+1

Les marchés actions, rincés la veille, repartent à la hausse : l’indice US500 tourne autour de +0,6 % après la publication, les taux longs reculent légèrement, et le narratif “bad news is good news” (macro qui se fragilise → plus de baisses de taux) se renforce. Investing.com+1

Mais sous la surface, la combinaison inflation qui retombe vite + marché du travail qui se refroidit (64k jobs, chômage 4,6 %) alimente aussi une angoisse très claire sur la solidité de la demande en 2026. Bureau of Labor Statistics+1

Mise en regard des projections de la Fed du 10 décembre – qui voyaient encore la PCE à 2,9 % en 2025 et 2,4 % en 2026, avec seulement une baisse de taux par an en 2026 et 2027 Federal Reserve+1 – ce CPI ressemble davantage à un test de leur scénario qu’à une validation tranquille.

En traduisant ce CPI en PCE (historiquement ~0,3–0,4 pt en dessous du CPI Cleveland Federal Reserve), on obtient une inflation déjà très proche, voire en dessous, de la trajectoire que la banque centrale vient de publier. Résultat :

  • Les optimistes y voient la place pour plus de baisses de taux en 2026 que ce que la Fed a affiché ;

  • Les inquiets y voient au contraire un signal de demande qui cale, avec un risque de “bad news is just bad news” si le chômage continue de monter.

1. Ce que raconte vraiment le CPI du 18 décembre

Les chiffres bruts

Le rapport du BLS (pour novembre, publié le 18 décembre à cause du shutdown) donne : Calculated Risk+1

  • CPI global (YoY) : 2,7 % (vs 3,0 % en septembre, consensus ≈ 3,1 %)

  • Core CPI (hors énergie & alimentation, YoY) : 2,6 % (vs attentes ≈ 3,0 %)

  • Sur deux mois (septembre → novembre) :

    • Index global : +0,2 %

    • Core : +0,2 %

  • Par composantes :

    • Shelter/logement : +0,2 % sur les deux mois

    • Énergie : +1,1 %

    • Alimentation : +0,1 %

    • Certaines catégories discrétionnaires (voyages, habillement, loisirs) reculent, ce qui est typique en phase de ralentissement de la demande. Calculated Risk

Deux éléments techniques importants :

  1. Pas de données pour octobre (shutdown de 43 jours) → le BLS ne publie que des variations sur deux mois et prévient que certaines séries sont incomplètes. Investing.com+1

  2. Les prix ont été collectés uniquement dans la deuxième moitié de novembre, ce qui, comme le souligne Goldman Sachs, peut biaiser le chiffre à la baisse à cause des remises de mi-novembre / Black Friday. Investing.com

En clair :

L’inflation est vraiment plus basse que prévu, mais peut-être un peu “trop belle pour être vraie” sur un seul mois techniquement chaotique.

2. Réaction immédiate des marchés : soulagement prudent

Les données temps réel montrent : Investing.com+1

  • La veille (17 décembre), le S&P 500 avait chuté d’environ –1,2 %, tiré vers le bas par les valeurs IA et la peur d’une bulle. Kiplinger+1

  • Ce matin, après le CPI, les futures US500 montent d’environ 0,4 à 0,6 % ; les taux longs reculent d’une dizaine de points de base (10Y autour de 4,1 %, –3 pb). Investing.com+1

Lecture “instinctive” des traders

Sur X (anciennement Twitter), relayé par les blogs macro et les news de marché, on voit grosso modo trois camps émerger :

  1. Le camp “Goldilocks”

    • Message : “Inflation en dessous des attentes + emploi qui ralentit = Fed obligée de continuer à baisser les taux → bull case pour les actions.”

    • Argument :

      • CPI 2,7 % → en extrapolant le wedge CPI/PCE (~0,3–0,4 pt), cela suggère une PCE autour de 2,3–2,4 %, donc quasiment sur la cible de 2 %. Cleveland Federal Reserve+1

      • Le marché se dit que la Fed a désormais plus de marge que ce qu’elle reconnaît officiellement.

  2. Le camp “attention, c’est un faux ami”

    • Message : “Si l’inflation tombe si vite, ce n’est pas que la Fed est géniale, c’est que la demande se casse la figure.”

    • On rappelle le rapport emploi :

      • +64k jobs en novembre, très faible, et chômage à 4,6 %, plus haut niveau depuis 2021. Bureau of Labor Statistics+1

      • Croissance de l’emploi quasi stagnante depuis avril (moyenne ≈ 22k par mois sur les trois derniers mois). TD Economics

    • Psychologiquement, beaucoup d’investisseurs se demandent si on ne commence pas à basculer de “bad news is good news” à “bad news is juste bad news”.

  3. Le camp “je ne crois pas aux chiffres”

    • Très présent sur X : suspicion sur la qualité des données après le shutdown, soupçon d’“inflation artificiellement basse” à cause des soldes de fin de mois et des trous dans les séries. Investing.com+1

    • Ce scepticisme nourrit une attitude de marché typique :

      • rally tactique post-CPI,

      • mais peu de conviction sur la trajectoire des 6–12 prochains mois.

3. Le contexte macro : inflation en baisse, emploi en zone grise

Inflation : trajectoire sur 2–3 ans

Côté PCE (l’indicateur fétiche de la Fed), on sait déjà : Federal Reserve+1

  • PCE réel :

    • 2022 : 6,0 %

    • 2023 : 2,9 %

    • 2024 : 2,6 %

  • La Fed projette pour PCE (Q4/Q4) :

    • 2025 : 2,9 % (médiane)

    • 2026 : 2,4 %

    • 2027 : 2,1 %

Or historiquement, le CPI tourne en moyenne ~0,3–0,4 pt au-dessus du PCE. Cleveland Federal Reserve+1

Donc un CPI à 2,7 % suggère qu’en “langage Fed” la PCE pourrait déjà flotter autour de 2,3–2,4 % – soit en dessous de leur projection médiane pour 2025 (2,9 %). Calculated Risk+1

Emploi : un refroidissement lent mais net

Le rapport emploi de novembre publié le 16 décembre est le miroir de ce CPI : Bureau of Labor Statistics+2Financial Times+2

  • Créations d’emplois : +64 000 (attentes ≈ 40–50k), mais après –105 000 en octobre, d’où un trimestre très mou.

  • Chômage : 4,6 % (plus haut en 4 ans).

  • Détails inquiétants :

    • Bond du chômage chez les adolescents (16,3 %) et les Noirs (8,3 %), souvent indicateurs avancés des tensions sur le marché du travail. Reuters+1

    • Gains d’emplois concentrés dans la santé et la construction, peu de diffusion sectorielle. ABA Banking Journal

Macro et psychologie :

  • Pour les ménages, une inflation à 2,7 % quand les salaires nominaux continuent de progresser ≈ reprise du pouvoir d’achat → ressenti positif à court terme.

  • Mais la montée du chômage commence à peser sur la confiance : peur de perdre son job > satisfaction de payer un peu moins cher à la pompe.

  • Pour les entreprises, la combinaison coûts salariaux qui ralentissent + prix difficiles à augmenter = compression des marges dans certains secteurs → incitation à réduire capex et embauches.

4. Ce que la Fed avait en tête le 10 décembre… et ce que le CPI change

Les projections officielles (SEP de décembre)

Le 10 décembre, la Fed publie ses projections économiques : Federal Reserve+1

  • Taux directeurs :

    • Après la coupe de 25 pb, la fourchette est 3,5–3,75 %. TD Economics+1

    • SEP : médiane à 3,6 % fin 2025, 3,4 % en 2026, 3,1 % en 2027 → seulement une baisse de 25 pb par an à partir d’ici. Federal Reserve

  • PCE & Core PCE :

    • PCE : 2,9 % (2025), 2,4 % (2026), 2,1 % (2027).

    • Core PCE : 3,0 %, 2,5 %, 2,1 %.

  • Chômage : médiane à 4,5 % (2025), 4,4 % (2026), 4,2 % (2027).

Le message implicite :

Inflation encore un peu trop haute, chômage déjà un peu au‑dessus de son niveau d’avant-crise, mais la Fed pense pouvoir ramener l’inflation à 2 % sans récession, avec des baisses de taux très graduelles.

Powell, en conférence de presse, a martelé deux idées clés : Reuters+2Federal Reserve+2

  1. L’overshoot d’inflation vient principalement des tarifs douaniers de Trump, vus comme un choc de niveau, pas une dynamique auto-entretenue.

  2. Il compte beaucoup sur un rebond de productivité (en partie lié à l’IA) pour permettre de garder une croissance correcte tout en faisant descendre l’inflation.

Autrement dit :

  • La Fed se voit encore “un peu derrière” l’inflation, pas devant.

  • Elle veut éviter de baisser trop vite au risque de relancer une nouvelle vague inflationniste.

Ce que ce CPI change dans ce tableau

En simplifiant :

  • Avant le CPI :

    • L’histoire officielle est : “Inflation 2025 ≈ 2,9–3,0 %, il faut rester prudent.” Federal Reserve+1

  • Après le CPI de novembre :

    • CPI : 2,7 % (core 2,6 %) → PCE “implicite” probablement vers 2,3–2,4 %. Calculated Risk+1

      -> On est déjà très en dessous de la trajectoire 2025 affichée par la Fed.

Psychologiquement, pour le marché, cela crée un décalage :

C’est exactement ce décalage qui nourrit les fils X/Twitter :

  • d’un côté les messages accusant la Fed d’être “too tight for too long”,

  • de l’autre les faucons qui rappellent que la PCE de septembre était encore à 2,8 % et que la Fed a prévenu qu’elle ne voulait pas “baisser la garde” trop tôt. Financial Times+1

5. Contribution du CPI au PCE : dans quelle mesure ça rapproche la Fed de sa cible ?

Techniquement, PCE et CPI diffèrent par : couverture, pondérations, formules d’indice. Mais sur le long terme, CPI > PCE d’environ 0,3–0,4 pt en moyenne. Bureau of Labor Statistics+1

À partir de là, on peut construire un scénario raisonnable :

  1. CPI YoY = 2,7 %

    • → PCE YoY potentiel ≈ 2,3–2,4 %.

  2. Core CPI = 2,6 %

    • Core PCE tourne historiquement légèrement en dessous, donc ≈ 2,2–2,3 %. ActionForex+1

Comparé aux projections de la Fed : Federal Reserve

  • Fed (Core PCE 2025) : 3,0 %

  • Données implicites après CPI : autour de 2,2–2,3 % si la tendance se prolonge.

Conclusion macro :

Le CPI de novembre, tel qu’il est sorti, met la Fed “en avance” sur son plan de bataille contre l’inflation.

Mais deux gros bémols :

  • Biais technique possible (collecte partielle, Black Friday) → le chiffre pourrait surestimer la désinflation réelle. Investing.com+1

  • La Fed raisonne en moyenne annuelle Q4/Q4, pas sur un seul mois.

La réaction “rationnelle” côté banque centrale sera donc probablement :

  • Pas de panique,

  • Mais plus d’ouverture à l’idée que la trajectoire de 2026/2027 pourrait être un peu plus accommodante si deux ou trois rapports de ce type s’enchaînent.

6. Analyse comportementale & psychologique : ce que ressentent vraiment les acteurs

6.1. Les ménages

  • Narratif positif :

    • Après deux ans de “tout est trop cher”, voir l’inflation retomber vers 2,7 % change le sentiment.

    • Avec un marché du travail encore loin d’un crash (4,6 % de chômage, participation stable), beaucoup de ménages ressentent un soulagement de court terme. Bureau of Labor Statistics+1

  • Narratif anxieux :

    • Les hausses de chômage chez les jeunes et les minorités sont très visibles dans les communautés concernées et sur les réseaux sociaux → sentiment d’injustice et de fragilité. Reuters+1

Psychologiquement, on bascule d’un environnement “tout le monde se plaint des prix” à un environnement “ceux qui craignent pour leur job ont plus peur que ceux qui profitent des prix plus bas sont soulagés”.

C’est typiquement une phase où la confiance devient très hétérogène selon les classes de revenus.

6.2. Les entreprises

  • Les secteurs exposés à la demande discrétionnaire (loisirs, habillement, voyages) voient déjà une pression sur les volumes et une difficulté à maintenir les prix. Calculated Risk+1

  • Couplé à la hausse du chômage, cela renforce le sentiment qu’on arrive en fin de cycle, même si les chiffres ne montrent pas encore de récession franche.

Résultat :

  • Les directions financières deviennent plus prudentes sur les capex 2026.

  • Les entreprises qui avaient profité de l’inflation pour élargir leurs marges commencent à parler de “normalisation des prix” – message rassurant pour la Fed, mais pas forcément pour les actionnaires.

6.3. Les investisseurs & traders

Dans ce régime “bad news is good news” :

  • Un CPI bas = bon pour :

    • les valeurs “duration longue” (tech, croissance) via baisse attendue des taux,

    • les actifs risqués globalement (actions, crédit).

  • Mais la réalité de l’emploi qui se détériore et des data distordues par le shutdown crée une cognitive dissonance. Bureau of Labor Statistics+1

On observe déjà dans les flux de marché (hier/aujourd’hui) : Investing.com+2Reuters+2

  • Rotation périodique entre tech / IA (qui corrigent) et valeurs plus défensives.

  • Recul des rendements obligataires, signe que le marché pousse la Fed vers plus de détente que ce qu’elle guide officiellement.

Psychologiquement, le marché est dans un mode “veux être bullish, mais n’ose pas trop” :

  • Chaque bonne nouvelle sur l’inflation déclenche un rebond,

  • Chaque statistique faible sur l’emploi ou la croissance rallume le spectre de “hard landing”.

7. Alors, ce CPI va‑t‑il forcer la Fed à baisser plus les taux en 2026 ?

On peut poser la question comme tu le fais :

“Inflation très faible par rapport au consensus → plus de baisses de taux en 2026 ? Ou inquiétudes sur la santé de l’économie et de la consommation ?”

Ce qui pousse vers plus de baisses de taux

  1. Inflation déjà presque sur cible Fed (en PCE implicite)

  2. Marché du travail qui se fragilise

  3. Fed interne divisée

    • Lors du dernier meeting, 3 dissidents : 1 voulait une coupe de 50 pb, 2 ne voulaient aucune baisse. TD Economics+1

    • Si les chiffres continuent dans ce sens, les “colombes” gagnent du poids dans le débat.

Ce qui retient la Fed (et rassure les faucons)

  1. Données fragilisées par le shutdown

    • Un seul rapport CPI avec méthodologie perturbée n’est pas une base solide pour changer le cap 2026. Investing.com+1

  2. Tarifs et risques politiques

    • Powell insiste : l’impact des nouveaux tarifs est un choc de prix unique, mais ils gardent un œil sur le risque que cela se transforme en spirale. Reuters+1

  3. Communication de “barre haute” pour de nouvelles coupes

    • Le communiqué et l’analyse TD Economics soulignent que la Fed veut clairement remonter la barre pour de futurs assouplissements, pour ne pas relancer une nouvelle bulle inflationniste. TD Economics+1

Mon interprétation

Si on combine :

  • CPI de novembre très doux,

  • Marché du travail qui se dégrade petit à petit,

  • et projections Fed encore franchement au‑dessus de la réalité actuelle de l’inflation,

alors le scénario le plus cohérent est :

Le rapport va dans le sens de la Fed sur la direction (désinflation), mais pas sur le rythme.

En pratique :

  • Il augmente la probabilité que la Fed fasse un peu plus que “1 cut par an” en 2026,

  • mais seulement si les prochains rapports (CPI et PCE, plus 2–3 NFP) confirment :

    • inflation durablement ≤ 2,5 % (PCE),

    • chômage ≥ 4,5 % et tendance à la hausse.

8. Conclusion – Bad news is good news… jusqu’où ?

En résumé :

  • Pour les marchés

    • Ce CPI est “juste ce qu’il fallait” pour relancer le narratif “soft landing + plus de baisses de taux plus tard” → d’où le rebond du S&P 500 aujourd’hui après la claque d’hier. Investing.com+2Trading Economics+2

  • Pour la Fed

    • C’est une bonne nouvelle : la désinflation est plus avancée que prévu, ce qui réduit le risque d’avoir été trop accommodant avec les dernières coupes.

    • Mais ce n’est pas assez pour réécrire tout de suite les projections de taux 2026 ; il faut confirmer sur plusieurs mois, et surtout via le PCE. Federal Reserve+1

  • Pour l’économie réelle

    • La question n’est plus seulement “l’inflation est‑elle sous contrôle ?”, mais “à quel prix pour l’emploi et la demande ?”

    • La montée progressive du chômage, surtout chez les jeunes et certains groupes, risque de devenir le vrai sujet 2026 si la Fed maintient une politique encore tendue malgré une inflation déjà très basse. Reuters+2Financial Times+2

Conclusion finale :

Ce CPI va bien dans le sens de la banque centrale sur le plan de l’inflation,

mais il met la pression sur elle pour reconnaître que le risque dominant glisse progressivement de “inflation encore trop haute” vers “activité et emploi trop faibles”.

Si cette combinaison CPI ≈ 2,5–2,7 % + chômage ≥ 4,5 % se répète, la probabilité que la Fed baisse plus les taux en 2026 que ce qu’indique le SEP actuel augmentera nettement – et c’est exactement ce que les marchés tentent déjà de “pricer”, même si, psychologiquement, personne n’ose l’affirmer comme un acquis.


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